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Pierre Kauffmann : une âme toute en sculpture

Culture - Visites et sorties
28-07-2022
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Installé sur le Quai des Chartrons depuis près de trente ans, Pierre Kauffmann s’adonne à sa passion dans un petit atelier à l’immense porte en bois : la sculpture. Entre portraits, ornements et statues, il expose ses œuvres aux quatre coins du monde, sans prétention.

Sculpter, sculpter, sculpter et encore sculpter. Lorrain et sexagénaire, Pierre Kauffmann se consacre à la sculpture depuis ses seize ans. Cette passion, c’est son grand-père qui la lui a transmise. À l’adolescence, il y eut un temps où le sculpteur ne voulait plus rien faire. À force de remises en question, il a retrouvé l’inspiration et la motivation dans la sculpture. « Comme les sculptures ne servent à rien, si ce n’est pour décorer, et que je ne voulais rien faire, ça tombait bien… ! », s’amuse-t-il. En réalité, ce que Pierre adore est le fait que la sculpture mêle différentes disciplines. Par exemple, la littérature, la philosophie et la politique. Pour se familiariser avec ce nouvel univers, le sculpteur a rencontré de nombreux maîtres et praticiens à travers l’Europe. 


La sculpture est un rapport au volume. Plus simplement, c’est la façon dont quelque chose évolue dans l’espace. On parle techniquement de bas-relief, de demi-relief, de haut-relief et de ronde-bosse. 

C’est aussi de l’art. Du latin « ars », un sculpteur est à la fois un artisan et un artiste. Il est artisan car il répète pour parfaire ce qu’il sait faire, comme un musicien fait des gammes de notes et un sportif des entraînements. À contrario, l’artiste fait ce qu’il ne sait pas faire. « Pour créer, il faut faire quelque chose que l’on n’a jamais fait », assure Pierre.





Mauriac, Molière, Montaigne et Montesquieu immortalisés


Pierre est précisément portraitiste, ornemaniste et statuaire. Il fait des portraits de personnes aussi bien décédées que vivantes. Dans son atelier, on retrouve de grands écrivains, comme Mauriac, Molière, Montaigne et Montesquieu, mais aussi sa mère et son père. Quand il s’agit d’un écrivain célèbre, le sculpteur lit nombre de biographies ainsi que toute son œuvre. Dans l’élaboration d’un portrait, Pierre essaye d’instiller l’ordre psychologique de l’individu. 

Quand il affaire à une personne vivante, Pierre lui demande de poser ou la prend en photo de face et de profil. Le sculpteur la met en majesté, à défaut de la recréer en taille réelle. « Le portrait et tous ses détails demandent de s’être entraîné en amont. Dans un portrait, on raconte une histoire plus concentrée, que sur une photo où l’on peut pleurer ou rire aux éclats », explique Pierre.

Que ce soit pour un portrait, un ornement ou une statue, le sculpteur fait le plus souvent une maquette en trois dimensions grâce à de la terre glaise. Comme une gomme sur du papier, lorsqu’elle est fraîche, on peut la tordre. Ce qui permet d’ajouter ou d’enlever des éléments de l’œuvre. 


La sculpture polychrome comme une obsession


Pierre est également un adepte de polychromie, c’est-à-dire qu’il peint certaines de ses sculptures. « J’ai voulu qu’une même main pose la couleur et le volume en pervertissant ces deux dimensions afin de savoir ce qui accroche l’œil en premier : la couleur ou le volume. Voilà d’où vient mon obsession pour la sculpture polychrome », indique-t-il. Pour l’anecdote, le sculpteur ne peint jamais en vert. 




Pierre utilise divers matériaux : le bois, le bronze, la céramique, l’ivoire, le marbre et la pierre. D’un matériau à un autre, la technique varie. « Le matériau que je préfère travailler, c’est celui qui soutient le mieux le message que je veux faire passer », nuance le sculpteur. 

Pierre a la particularité de nommer ses œuvres avant même de les créer. Souvent, il s’amuse à faire des jeux de mots dans les titres. Pourtant, en fonction du matériau utilisé, l’œuvre peut être très sérieuse. C’est le cas du marbre. 



Créer ou restaurer, Pierre sait faire 


Les œuvres du sculpteur résultent de son propre chef. Pour cela, il s’inspire d’une attitude, d’une balade dans la rue, d’une sortie entre amis, d’une émotion, d’un lieu, d’une situation particulière de la vie. En fait, de tout ce qu’il entend et voit. Quelques-unes de ses œuvres sont issues de commandes de particuliers et de professionnels. Pierre est en mesure de créer et de restaurer. Il a travaillé pour le consulat d’Espagne, de grandes maisons de vin ou encore des musées, en France et à l’étranger. Par ailleurs, le sculpteur peut mettre quatre mois comme dix ans à réaliser une sculpture. « Il faut bien avoir à l’esprit que le temps ne détermine pas la qualité de l’œuvre », précise-t-il.

Récemment, Pierre a rénové une cheminée classique en la transformant en créature mythologique chez un particulier. Prochainement, il restaurera une chapelle néogothique du cimetière de la Chartreuse dans la capitale girondine. Cinquante centimètres comme cinq mètres de hauteur, le sculpteur est friand de challenge… 




À Bordeaux depuis 1986


Pierre occupe un local tout en longueur, Quai des Chartrons, depuis 1986. Il a trouvé à Bordeaux, espace et lumière naturelle. « La lumière naturelle est indispensable dans mon métier », souligne le sculpteur. Dans cet atelier bordelais où règnent passion et ténacité, les sculptures s’accumulant du plafond au sol et de l’entrée au fond de la pièce, Pierre semble avoir trouvé son havre de paix. 

Chaque jour, le sculpteur effectue les mêmes gestes mécaniques : se lever, se rendre à l’atelier et travailler ses sculptures. Néanmoins, il ne sait jamais ni comment ni quand sa journée va se terminer, car l’imprévu toque souvent à sa porte. 

« La sculpture est une activité qui joint le manuel à l’intellectuel. On peut ainsi décharger une forme d’agressivité qui nous rend toutefois très serein. C’est un métier où l’on peut physiquement se défouler tout en mêlant un ordre philosophique, témoigne Pierre. Bien qu’il y ait un âge légal de départ à la retraite fixé par la loi, je pratiquerai ce métier toute ma vie. Pour y arriver dans le monde de la sculpture, il faudrait plusieurs vies. Donc pour faire un peu, il faut au moins une vie », ajoute-t-il. 



Par Juliette Huard