Clichés de ses enfants sur les réseaux : une pratique périlleuse

Lifestyle - Actualités
20-06-2022
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Si certains parents restent discrets sur leur vie privée et publient des photos de leurs enfants avec parcimonie sur les réseaux sociaux, d’autres postent à répétition et sans le consentement de leurs enfants - encore trop jeunes pour dire « oui j’accepte » ou « non je refuse ». 

Premier bain de mer, première dent de lait, premiers pas… les clichés d’enfants submergent les réseaux sociaux. Quelques parents vont même jusqu’à créer des comptes Facebook, Instagram ou encore YouTube à leurs enfants âgés de quelques années seulement. 

À l’ère du numérique, les parents médiatisent de plus en plus leur vie familiale. Encore plus depuis la crise sanitaire liée au Covid-19. En raison des confinements successifs, les habitants du monde entier n’avaient rien à partager de leur vie extérieure et sociale, alors ils filmaient leur quotidien : la petite décoiffée au réveil, le petit entrain de jouer au football dans le jardin... 



Le sharenting monte en puissance 


Ces habitudes développées et répétées durant plusieurs mois sont restées malgré la reprise de la vie active. Ainsi, de plus en plus d’enfants sont mis en scène dans des challenges farfelus et des photos ou vidéos drôles. Ces photos et vidéos - insignifiantes aux yeux des parents - font régulièrement le buzz ou le tour du Web, suscitant des centaines de milliers, voire des dizaines de millions de clics, de commentaires, de likes et de partages. 24% des parents publient une photo ou une vidéo de leurs enfants sur les réseaux sociaux au moins une fois par jour, d’après une étude réalisée par la société de cybersécurité, McAfee. 

Cette pratique, surnommée « partage parental » ou « sharenting », met en exergue le côté narcissique de certains parents. En effet, pour ces derniers, il faut filmer ou photographier chaque action et chaque geste pour qu’ils existent et persistent dans le temps. Et surtout, il est d’une importance non négligeable de faire bonne impression auprès des autres... encore et toujours le jugement des autres. 

Le « partage parental » révèle également le sentiment de culpabilité de quelques parents de ne pas avoir accompli tel ou tel exploit au cours de leur vie. Par exemple, la mère qui s’en remet à sa fille pour réaliser son plus grand rêve d’enfance. Ou le père qui reporte son rêve de devenir tennisman sur son fils.

Mais ce sharenting ne peut durer puisque les enfants grandissent et prennent conscience du danger que représente l’exhibition de la vie privée sur les réseaux sociaux. La plupart des parents sont pourtant, eux aussi, conscients de ces dangers, notamment la cyberintimidation (31%), les enlèvements (28%), le harcèlement (37%) et la pédophilie (48%). 



Une jeune Autrichienne en procès contre ses parents


À 13 ans, un enfant a déjà en moyenne 1300 photos et vidéos de lui postées par ses parents sur les réseaux sociaux, selon le rapport de la commissaire britannique à l’enfance intitulé « Qui sait quoi à propos de moi » et publié fin novembre 2018. C’est, par exemple, le cas d’une jeune Autrichienne, qui en 2016, a porté plainte contre ses parents à sa majorité, pour violation de son droit au respect de sa vie privée. En effet, ses parents avaient publié plus de 500 photos embarrassantes (changement de couche et séance sur le pot) de la jeune fille sur Facebook - alors qu’elle n’était encore qu’enfant. Le procès est d’ailleurs toujours en cours. 

À noter que l’article 9 du code civil mentionne que « chacun a droit au respect de sa vie privée ». Et en France, publier un cliché d’un individu, enfant ou pas, sans son accord est passible de 45 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement, d’après l’article 226-1 du code pénal. 

Pour les parents friands du partage de photos et de vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux, évitez les clichés inconvenants et mettez en place des mesures de sécurité. Par exemple, définissez des règles avec vos proches, particulièrement le fait de ne pas poster sans votre permission, ne divulguez pas la géolocalisation, jouez avec les paramètres de confidentialité et préférez les publications privées et non visibles par tous. Enfin privilégiez les groupes privés Facebook, Instagram et WhatsApp. Il n’est pas illégal de publier des clichés de ses enfants sur les réseaux sociaux, mais cela est vivement déconseillé.

Par Juliette Huard