Maison des femmes de bordeaux - Rencontre avec Lydie, 66 ans de féminisme

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15-03-2021

Place du Palais, au milieu des salons de coiffure aux pierres apparentes et des restaurants de choix, la Maison des Femmes, avec sa devanture marron glacé, pointe le bout de son nez. En franchissant la porte, on découvre Lydie, bénévole à la Maison des Femmes depuis sa création.



Originaire du pays basque, elle fait partie du conseil d’administration depuis 2011, et en a même été la présidente pendant 5 ans. Rencontre avec une femme aux mots justes et à la recherche constante de l’égalité.


Quelle est l’histoire de la Maison ?


Cette Maison existe depuis 2001, elle fête ses 20 ans le 6 mars prochain. C’est son anniversaire ! Elle est le résultat de batailles menées par le Collectif Bordelais pour les Droits des Femmes. Tout commence le 17 janvier 1975, lorsque la loi de Simone Veil sur l’IVG a été adoptée. En 1991 et 1992, à Bordeaux, des commandos se sont dressés pour empêcher des interruptions volontaires de grossesse. Ces commandos s’enchaînaient aux mobiliers des blocs opératoires, l’hôpital Saint-André était en ébullition. C’est en 1992 qu’une loi est adoptée pour condamner ces actes. Le délit d’entrave à l’IVG fait son entrée dans les textes. Le Collectif Bordelais pour le Droit des Femmes était soutenu par des associations, par l’ensemble des partis politiques de gauche et par des organisations syndicales.

Pour continuer sur cette lancée, le Collectif a décidé de créer une maison, un lieu d’échanges propice au repos et à l’écoute, un lieu de sérénité pour les femmes. À l’aide du conseil régional et du conseil départemental, la Maison des Femmes a pu voir le jour en 2001, rue de la Rousselle.


Comment définiriez-vous ce lieu ?


La Maison des Femmes est un lieu multi-casquettes, destiné aux femmes et tenu par des femmes. Elle est de ce fait fermée aux hommes. C’est un endroit pour se confier, pour se reposer, pour se sentir en sécurité. Il y a deux façons de « décrocher » dans la Maison : de manière individuelle, en venant pour se poser, lire, se documenter, ou de manière collective, en participant à des ateliers graphiques, de relaxation ou de sophrologie. Tout est fait pour permettre aux femmes de prendre du temps pour elles.


La Maison accueille également les femmes à la recherche d’une insertion socio-professionnelle. Ces temps-ci, nous observons une grande augmentation des femmes avec enfants à la recherche d’insertion. La Maison met alors des ordinateurs à la disposition de celles qui en ont besoin, offre de l’aide pour les tâches administratives, se met en contact avec le Samu social pour un éventuel logement, propose des aides vestimentaires ou alimentaires par le biais d’autres associations.

Cette Maison a également une dimension d’éducation populaire. Elle est même agréée pour cette mission. Les campagnes de sensibilisation sont nombreuses, en particulier auprès des jeunes, qui souhaitent réellement comprendre les violences faites aux femmes, le harcèlement, etc.
C’est également un centre de documentation, un lieu de débat aussi. Nous sommes même en partenariat avec la Maison des Femmes de Buenos Aires. Nous rendons également visibles les œuvres et le travail des femmes de Bordeaux.



Combien recevez-vous de femmes, en moyenne ?


Du 1er janvier au 31 octobre 2020, nous avons accueilli 581 femmes, et nous avons eu 875 appels et/ou entretiens physiques. Sur ce total, 493 femmes ont été accueillies après des violences conjugales. Nous avons eu 751 entretiens sur ce sujet.


Les violences conjugales sont omniprésentes à la Maison ?


Oui. La Maison est le lieu de première écoute. Rappelons que les violences conjugales touchent tous les milieux sociaux. Depuis 5 ans, la demande de rendez-vous a augmenté de 25 à 40%. Cet éveil est dû à l’émergence du mouvement Metoo, à la sensibilisation pratiquée dans certaines entreprises relayées par des organismes syndicaux ou à l’histoire de Jacqueline Sauvage, par exemple.

Une grande campagne de formation a eu lieu en 2012, auprès des professionnels de santé, du corps enseignant et de la police. Un référent sur les violences conjugales est désormais présent à la police de Bordeaux, par exemple. Enfin, un suivi est possible. Cette année, à la suite du confinement, il y a eu 30% d’appels en plus. Dans le cas des violences conjugales, 97% des auteurs des coups sont des hommes.


Qu’observez-vous sur ces violences ?


J’observe que le cycle est toujours le même. Il commence toujours par de l’amour et des mots doux, puis des violences psychologiques, un dénigrement tel qu’il peut être suivi par des violences économiques et financières, voire même administratives (« t’inquiète pas, je peux garder tes papiers... »). L’isolement commence peu à peu. Puis, vient ensuite la phase dite « de lune de miel », phase marquée par un revirement de situation, un changement. C’est cette lune de miel qui retient les femmes. L’espoir qu’il redevienne comme avant est si fort...





Pensez-vous que les mentalités peuvent changer ?


Grâce aux actions féministes, des décisions gouvernementales sont prises. Les associations sont de plus en plus en lien avec la préfecture et la mairie par l’intermédiaire des commissions d’urgence. Elles sont également en échange quasi constant avec les directions départementales et régionales des droits des femmes liées à l’égalité. Ce maillage associatif est très important. Le numéro 3919 occupe une place importante également : la Fédération Nationale Solidarité Femmes répond et conseille à la femme l’association la plus proche. Elles ne sont plus seules.


Lydie, vous qui êtes si dévouée, dites-nous : à vos yeux, c’est quoi le féminisme ?


(Rires) Le féminisme, à mes yeux, consiste à lutter pour l’égalité entre les femmes et les hommes, dans tous les domaines de la vie. Il faut parvenir à lutter contre le sexisme, parvenir à changer les mentalités pour que les femmes puissent circuler dans l’espace public sans peur au ventre, garantir une vie de couple équilibrée. J’y crois.

Merci encore à Lydie pour son temps, son ton réconfortant et son espoir constant.