Davy et Abysse, de la rue à la main tendue

Culture - Musique
12-03-2020
Davy et Abysse, de la rue à la main tendue
L’expérience, ce n’est pas ce qui arrive à quelqu’un, c’est ce que quelqu’un fait avec ce qui lui arrive, dixit Aldous Huxley (1894-1963), l’écrivain, romancier et philosophe britannique dont tout le monde, sur les 50 ouvrages qu’il a rédigés, connait au moins Le Meilleur des Mondes. 


Cette pensée, elle m’est venue à l’esprit tandis que je pédalais dans la nuit et sous la pluie, au sortir de ma rencontre avec Davy et sa chienne Abysse, chez Fred et Cyril où le photographe Ken Wongyoukhong, dont j’apprécie éminemment le travail, m’avait, avec sa générosité coutumière, accompagnée.

Ce qu’une existence chaotique lui a réservé, Davy Bernard a décidé très tôt de le mettre en musique et d’y scander ses mots sur un rythme HipHop/Reggae/Ragga sous le nom grec de Ktema eïs aeï = Un trésor, un bien pour toujours, une acquisition définitive, quelque chose d’intemporel se prononçant « katéma aiyce aye ».






Davy aka Ktema



C’est à Rennes en 1995 que Davy, âgé de 13 ans, monte pour la 1ère fois sur scène pour militer avec les ” Psykadélik poètes“, ses grands frères de son et d’inspiration. À l’époque, l’énergie est hardcore, sans concession, les textes engagés et la vibe évidement bonne. Hip-Hop incisif accompagné de musiciens avec les Psykadélik poètes (1993/1998), chants improvisés sur Dub avec le D.C.A (1997/1998), puis mc / Chanteur Reggae/Raga/Hip-Hop membre de l’O.B.S… (1998/2004). Au fil des expériences, Ktema gardera l’esprit explicite et militant des « Psykadélik poètes ».


Or c’est précisément à cause de son dernier morceau, découvert en novembre dernier sur mon fil d’actu facebook, une vidéo YouTube propulsée par Fred Lademoniak (bien sûr que non ce n’est pas son vrai nom) que vous lisez ces lignes. Un titre où il est question de la rue, que Davy n’a que trop connue pendant ces 6 dernières années. De dérive et de reconnaissance envers ceux qui lui ont, à lui et à sa chienne, mi labrador, mi malinois, Abysse, qui elle non plus n’a pas été épargnée dès son entrée dans la vie, tendu la main. 


Quand Davy le SDF retrouve Ktema l’auteur, compositeur, interprète



À 38 ans, après avoir vécu à Paris et fait des haltes aux 4 coins du pays, Davy s’est posé à Bordeaux il y a 2 ans et demi. Il pensait y trouver le calme d’une petite ville de province et la mer à ses pieds. Or s’il dut réviser ses espérances de vie d’ermite et de vagues à proximité, il ne regrette en rien « sa jolie erreur ».

Après avoir planté sa tente à la gare, juste en face du commissariat (le meilleur moyen d’être protégé des dangers de la rue) c’est à Auchan Lac qu’il migrera pour faire la manche. Quand je lui demandais comment on devient SDF, la réponse n’est pas simple : On le devient pour une multitude de raisons. Une séparation douloureuse, l’alcoolisme, la drogue, des problèmes d’argent… Et puis, ce sera l’accident qu’il provoquera, ivre, un beau, ou plutôt un sinistre jour, en voulant délibérément traverser à pied… la rocade.

Une manière inconsciente d’en finir avec une vie dont il ne veut plus. Un épisode dont il ne se souvient pas, mais qui, percuté par une voiture roulant à 80 km/h lui vaudra une carotide sectionnée, le tibia explosé, 27 micro fractures du bassin et un traumatisme crânien. Alors que son entourage le pensait mort, il est en réanimation et mettra des mois à se remettre.

Pour Abysse, ce n’est guère plus brillant. Attendant des petits, une grossesse compliquée pour une jeune chienne de 1 an, aurait pu aussi lui être fatale. Les chiots étaient morts dans son ventre et elle avait un début d’infection.

Mais c’était sans compter une formidable chaine de solidarité citoyenne organisée par Frédérique et Cyril qui ont aussi hébergé Davy et Abysse au plus grand déplaisir de leurs trois chats, avec la récolte de fonds via leetchi qui ont permis de faire opérer Abysse et de la soigner.




Davy et Abysse convalescents… à une nouvelle vie portée par la musique



Aujourd’hui Davy réapprend à vivre et à se connaître. Il a un toit sur la tête et peut se faire à manger dans le tout petit studio de la résidence sociale de la rue Poyenne, aux Chartrons, où il adore cuisiner (des légumes)… mais aussi composer et enregistrer. Comme pour la musique, dont il dit qu’il n’y en a pas de mauvaise, juste parfois de mauvais artistes, il aime tout. Ce qui compte, c’est la préparation ! Alors, non seulement il a arrêté de boire, mais il s’est remis à faire ce qu’il faisait de mieux avant de se retrouver à la rue : du rap.


Un maxi 4 titres a vu le jour en attendant la sortie de l’album « Voie libre » : Une Main Tendue / Le Jugement / Comme une Étoile / Ne la laisse pas partir. Uniquement de la compo au synthétiseur. Pas de sample. Du piano et des mix de sons classiques et de sons electro pour accompagner des textes qui démontrent bien le rapport très fort que Davy voue aux mots et à la langue dans la mouvance de Brel, Brassens et Renaud.

Son rêve de reprendre la musique se concrétise. Tout comme il aimerait réaliser celui de refaire de la scène. Alors si tu es un label ou une salle (genre celle du Grand Parc) ou un groupe qui cherche une première partie, prends le temps d’écouter ce qui doit devenir un album.




Et si tu veux acheter le maxi c’est sur : www.ktema.net


Enfin pour conclure, au chapitre des envies et des projets, Davy a aussi à cœur de créer une asso pour venir en aide aux SDF et faire comme on l’a fait pour lui… leur tendre la main.


Voilà ! J’espère que cet article t’aura autant touché que j’ai eu de bonheur à l’écrire. Et que tu comprendras que si j’ai créé un Tipeee, c’est juste pour pouvoir continuer à mettre en lumière des personnages atypiques comme le sont Davy aka Ktema et sa chienne Abysse, dont le destin mérite de provoquer plus de buzz que Megan et Andrew réunis. 




Serial Blogueuse
Isabelle Camus comme Albert. Blogueuse en série éclectique, elle se plie en quatre pour parler culture, écologie, vie de quartier, cause des femmes et bien-être animal.




L’œil de Ken

Ken capte l’âme des personnes qu’il photographie en laissant son regard emprunt d’humanité diriger son objectif, ses photos s’inscrivent dans une démarche citoyenne et poétique et défendent un meilleur vivre ensemble.


Photos : L’œil de Ken