La FIV : j’ai fait le choix de dire « j’arrête tout » !

Lifestyle - Femme
17-06-2019
La FIV : j’ai fait le choix de dire « j’arrête tout » !

Fonder sa famille, c’est souvent le rêve des petites filles. À l’âge adulte, le mot « maternité » trotte dans la tête. Mais pour certaines femmes, se lancer dans cette aventure relève du parcours du combattant. Virginie a accepté de partager son expérience, celle d’une femme qui se confie à d’autres femmes sans tabou, pour apporter de la positivité et du lâcher-prise à chacune. 

par Élise Galle-Tessonneau 




 « Au début tu veux un enfant, t’arrêtes ta pilule c’est tout beau tout rose. On te dit qu’il faut attendre un mois, deux mois, un an. Mais un an passe alors tu consultes ». Pour Virginie, faire un enfant commence comme pour toutes les femmes. Mais sa version de la grossesse sera jonchée d’obstacles et d’espoir. « J’ai parlé de la conisation que j’avais subie à 22 ans à ma gynéco. On m’avait expliqué que cela ne constituait pas un danger pour ma fertilité, mais en considérant toute cette attente, on m’a fait comprendre que ça allait être compliqué ». La conisation est l’opération qui enlève une partie du col de l’utérus atteinte par des cellules cancéreuses. Cela n’engendre pas obligatoirement un manque de fertilité.


« Les spermatozoïdes de mon mari étaient en parfait état, l’anomalie venait de moi. J’ai fait une cœlioscopie et, visiblement, je n’avais aucun problème. Les médecins affirment alors que nous sommes le couple idéal pour l’insémination. Ce procédé arrive avant la FIV. On insère les spermatozoïdes plus loin que le col de l’utérus. On en a fait 6, le maximum en France. Mais toujours rien. »

Les probabilités pour que l’insémination ou la Fécondation In Vitro fonctionnent sont faibles, respectivement autour de 10% et 24%. « Tu fais ça à une vache, c’est 70%. Nous les femmes on réfléchit, on se pose un milliard de questions, la vache elle ne comprend pas ce qui lui arrive. » En France, seulement quatre FIV par femme sont autorisées. 


« On est donc passés à la FIV. Les traitements sont lourds. Tu te piques avec des doses d’hormones très élevées. Le calvaire commence : bleus sur le ventre, gonflements, mal aux ovaires, à la tête… viennent les prises de sang sans rendez-vous, où tu te lèves à 4h du mat parce que t’embauche à 8h. Il y a les échographies pour voir si les injections font gonfler des ovocytes et encore faut-il qu’ils soient fertiles pour la conception d’un embryon. Une fois les ovocytes à maturité, ils font la ponction. » C’est le prélèvement des ovocytes dans les trompes, sous anesthésie de la patiente.


Il y a différents types de fécondation. La classique, où l’on met en culture les spermatozoïdes et les ovocytes en laissant la nature agir. Il existe aussi la fécondation ICSI, où le spermatozoïde est directement inséré dans l’ovocyte. Ici, la formation d’embryon est inévitable.


« 48 heures après, on t’annonce le développement d’embryons. On en avait peu. À partir de là, tu peux faire des grossesses multiples selon les embryons qu’on te réimplante au niveau des trompes. Moi, c’était deux à chaque fois. Potentiellement, tu peux croire que t’es enceinte. A partir de là t’attends pendant 12 jours : ça prend ou pas. » 



Combien de fécondations avez-vous subi ? 


On a fait une normale et trois ICSI. Je laissais passer trois ou quatre mois entre chaque fécondation, parce que ça handicape ta vie. Tu changes tout. T’as un voyage, un séminaire, ça te contraint. Pendant un mois tu mets ta vie entre parenthèses. Ça t’empêche pas d’avoir une vie sociale, mais tu penses tout le temps à ce qui se passe dans ton ventre. Il faudrait que tu vives ta vie normalement, mais tu réfléchis à chacun de tes mouvements, pour ne pas abimer ton petit espoir. Psychologiquement, c’est une période éprouvante, tu es livrée à toi-même, sans suivi. 


A la 3ème ICSI, je suis tombée enceinte. Après deux prises de sang, l’hôpital te donne le feu vert, mais toi tu te poses des questions. Le week-end passe, je vois un peu de sang. Je rappelle l’hôpital. On continue à te dire que ce n’est rien d’alarmant. Tu passes la troisième prise de sang, et là on t’annonce la fausse couche.



Qu’est ce qui se passe à ce moment-là dans votre tête ?


C’est très compliqué à gérer. J’étais enceinte de quatre semaines, donc l’embryon est parti naturellement. Résultat la quatrième FIV faite le verdict tombe : je ne pourrai pas avoir d’enfant. On m’a laissé une dernière chance car que j’étais déjà tombée enceinte, j’ai donc fait une 5ème FIV. Mon état d’esprit était assez serein, pour moi tout était encore possible, je ne devais pas laisser passer ma chance. Mais elle n’a pas fonctionné. À ce stade-là tu dis stop, je lâche l’affaire. 



Quelles étaient vos relations avec le personnel hospitalier ? 


Pendant la procédure ils étaient adorables, mais le jour où on te dit que c’est terminé, tu te sens vraiment abandonnée. On m’a donné mon dossier et c’était fini, on ne pouvait plus rien faire pour moi.





Comment prend-on la décision de tout arrêter ? 


On me disait que des femmes qui avaient fait des FIV tombaient enceinte par la suite. J’aurais pu adopter, mais je ne me sentais pas suffisamment solide pour affronter un enfant étranger à moi, j’avais peur. J’ai aussi pris rendez-vous avec une donneuse d’ovocytes en Espagne, mais finalement j’ai annulé. Je me suis demandé : Est-ce que je vis pour continuer d’essayer d’avoir un enfant, ou est-ce que maintenant je vais vivre vraiment ? J’ai pris la seconde option. À ce moment-là, j’ai ressenti un vrai soulagement. Je ne m’en suis pas voulu d’abandonner. 



Quelle a été la place de votre entourage dans cette démarche ? 


Ma famille a été très présente, malgré la distance. Mon mari était extrêmement déterminé à avoir un enfant, il voulait continuer, ça me mettait une vraie pression. Un blocage surement. Parce que quand tu te fais charcuter le corps pendant six ans, t’as envie qu’on te foute la paix, d’oublier tout ça. Donc on s’est séparés, c’était mieux ainsi. Je ne souhaite à aucun couple de passer par ces épreuves, ça détruit tout, y compris les relations sexuelles, parce que tout ce qui peut être magique dans une grossesse ne l’est plus du tout. T’as la sensation de ne pas pouvoir leur donner ce qu’ils attendent. Ma nièce posait des questions, ma mère voulait des petits-enfants. Le plus dur c’était de voir des femmes enceintes, pas tant le bébé mais le ventre de la maman. Le problème c’est qu’à 30 ans toutes tes amies tombent enceintes. Mes copines m’annonçaient la nouvelle et moi je partais aux toilettes pleurer, en me demandant : et moi, ça m’arrivera quand ?



Quelles séquelles garde-t-on ? 


Sur le moment, physiquement la douleur n’est pas insurmontable. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui je suis beaucoup plus suivie que les femmes de mon âge. J’ai fait dix mammographies au lieu de deux pour une femme de 46 ans lambda. La FIV n’est pas une procédure qu’il faut prendre à la légère, tu joues un peu avec ta vie, il faut en avoir conscience. Psychologiquement, guérir prend du temps. Mais à un moment donné, tu fais ton deuil, tu gères ta vie différemment et ce n’est plus un poids. À 46 ans, regarder une femme enceinte ne me fait plus mal au ventre. Je suis heureuse autrement, je profite de la vie. Tomber enceinte m’aurait rendu heureuse, la FIV réussit pour d’autres, il faut bien sûr avoir de l’espoir. Mais j’ai compris que pour trouver le bonheur il fallait arrêter de se focaliser sur ce qui ne fonctionne pas.