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Interview de Vincent Delerm

VINCENT-DELERM-portrait

Vous avez 40 ans, presque 15 ans de carrière et vous venez de sortir votre 6ème album intitulé « À présent », on parle de meilleur album de la rentrée 2016, est-ce l’album de la reconnaissance et de l’accomplissement ?
V.D. : Les critiques quand elles sont bonnes font toujours très plaisir, quand on fait un disque on espère que ça va plaire. Oui il y a une part de reconnaissance qui fait beaucoup de bien. Non je ne parlerais pas d’accomplissement, il s’agit juste d’une étape du parcours, je cherche vraiment à faire des albums qui correspondent à des phases de la vie souvent liées à des périodes, à des personnes, à des collaborations.

Comment est né cet album « À présent ?
V.D. : J’ai travaillé avec la même équipe que celle de l’album précédent, on s’est dit qu’on allait se faire plaisir, on s’est donné le droit d’utiliser tous les instruments, c’est pourquoi on retrouve beaucoup de cuivres, de cordes. Dès le début on savait qu’on cherchait une ambiance musique de film. Quand on écrit des chansons on part de quelque chose de profondément intime, et on le retranscrit de manière à ce que les gens y retrouvent une part d’eux-mêmes. L’idée de cet album est qu’il y a un mec seul, moi, mais avec beaucoup de gens autour, comme des murmures, des échos, certes c’est moi qui ai vécu ça mais dans l’idée c’est NOUS TOUS.

VINCENT-DELERM

Que pensez-vous de ce « présent » ? Ce présent fait-il écho aux événements qui ont endeuillé notre pays ?
V.D. : En faisant le disque, j’étais dans cette idée classique de faire des chansons qui correspondent à un moment de la vie, et il se trouve que ces moments de la vie ont été complètement teintés par tout ce qui se passait. Je n’ai rien de plus à dire que ce qu’on a tous ressenti, c’est quelque chose qui nous appartient, qui est difficile à verbaliser, mais en même temps ça a été le déclencheur ! Il fallait arriver à formuler ce qui compte vraiment pour nous sachant que tout peut s’arrêter dans l’instant. J’ai eu envie de parler de cette urgence à vivre.
Le bonheur est un mot qu’on ne retrouve nulle part, est-il difficile de l’utiliser ?
V.D. : Chaque chanteur a ses mots clés, ses tocs, ses obsessions, mais effectivement le bonheur est un mot difficile à placer. Dans « Êtes-vous heureux ? » le fait que quelqu’un d’extérieur pose cette question est une manière vers la fin de l’album de rappeler que c’est le thème essentiel. Les chansons tournent autour de cette idée de sentir le sang qui bat dans les veines. Mais c’est une question qui se pose plus qu’elle ne se répond, on n’a pas nécessairement besoin d’une réponse définitive…

Parallèlement à cet album, vous publiez 3 recueils de photographies, que représente la photo pour vous ? Est-ce une autre manière pour vous de capter des moments de vie ?
V.D. : Ce sont 3 livres qui n’ont aucun rapport les uns avec les autres, mais qu’on a décidé de regrouper. Songwriting ce sont des souvenirs en studio, des portraits de chanteurs, et beaucoup d’images de la vie de tournée. L’été sans fin, ce sont des images d’été avec des légendes très courtes. Et le dernier livre C’est un lieu qui existe encore, fait suite à des entretiens avec mon grand-père. Parce qu’il était à la fin de sa vie, je sentais qu’il allait emporter avec lui plein de souvenirs, il évoquait l’appartement dans lequel il était venu habiter à Paris lorsqu’il avait 4 ans, et il disait « C’est un lieu qui existe encore ». Je suis donc allé photographier tous les endroits dont il m’avait parlé, une manière de prolonger sa vie, c’était un projet qui me tenait à cœur.

Vous connaissez Bordeaux ? On dit souvent que Bordeaux est une ville froide, que pensez-vous du public bordelais ?
V.D. : C’est curieux il y a deux villes où on dit ça, c’est Lyon et Bordeaux, c’est certainement les deux villes où j’ai trouvé le public le plus chaleureux avec moi. Je me suis toujours dit que comme les gens avaient cette réputation d’être froid, il y avait une sorte de réaction à cette idée. Le public de Bordeaux est formidable, et je ne dis pas ça car je suis à Bordeaux aujourd’hui, j’ai toujours été hyper heureux de venir jouer ici !

Votre plus belle émotion à Bordeaux ?
V.D. : Elle est liée au théâtre Fémina ! Il y a un proscénium, et à la toute fin du spectacle sur le dernier salut, quand idéalement tous les gens sont debout, on franchit un pas, et on vient se tenir juste à l’avant de ce proscénium. Et être là près des gens, c’est la récompense des concerts. En balade, j’aime les fêtes foraines l’après-midi quand il n’y a personne. À Bordeaux, je venais photographier les manèges au début de la période où j’aimais bien emporter avec moi mon appareil photo en tournée, et ça c’est un souvenir assez fort.


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